lundi 27 avril 2009

Et puis un jour, BOUM

Aujourd’hui, c’est du pas drôle (je n’ai pas qu’un physique, j’ai aussi un cerveau, qui me cause bien du souci en ce moment) J’ai du mal à ordonner mes idées, alors je crois que le plus simple, ça va être d’attaquer par ordre chronologique. La chose est devenue évidente jeudi 23. Le seul jour de la semaine où on pouvait enfin se coucher tôt et éviter de mourir de fatigue avant de voir le week end, les vannes ont cédé. C’était pas joli joli, je me demande encore comment j’ai fait pour ne pas me déshydrater totalement par les yeux. Et vendredi tout le monde m’a demandé si j’étais pas un peu malade par hasard (non non, j’ai juste pleuré toute la nuit, mais sinon ça va).

La cause de ma transformation en Notre Dame des Grandes Eaux, c’était grosso modo ce qui commence par thè et se termine par se et tout ce qui va avec. De sale coup en coup de pute, Canard WC m’a plus qu’épuisée. J’ai vraiment l’impression de me débattre (et de me battre tout court) pour rien. Et la fin de mon contrat qui approche (le 30 septembre), les inquiétudes qui tournent en boucle dans ma tête à base de « comment on va faire quand je ne serai plus payée ? ».

Et puis samedi, j’avais du courrier, c’était ma belle déclaration de revenus pré-remplie. J’ai tout bien reporté dans le simulateur, et j’ai vu que je devais payer l’équivalent d’un mois de salaire en impôts. Et j’ai de nouveau pété un plomb. Comme ça, ça a l’air ridicule, un mois c’est pas énorme. Bah si, un mois c’est énorme. Je bosse en moyenne 10 ou 11h par jour (au lieu des 7h42 qu’on doit faire normalement). Je ne suis pas payée pour ces heures supplémentaires, ni en argent, ni en jours de RTT. Je ne prends que la moitié de mes jours de congé tous les ans, les autres disparaissent et ne me seront jamais payés non plus (à ce jour, je dois avoir quelque chose comme 115 jours de congés à prendre, ah ah la bonne blague). Pour me faire un beau CV, je donne plein d’heures de cours, loin de chez moi avec transport pris en charge par mon propre porte-monnaie, et très tôt le matin. Ces heures sont payées quand les gens ont envie de me les payer, c’est-à-dire très souvent 6 mois après les avoir donnés. Ces heures font que je ne suis pas dans la première tranche, et que je ne bénéficierai pas de la réduction d’impôt de cette année. Alors j’ai très franchement l’impression de me faire dépouiller.

Je suis loin de faire des dépenses inconsidérées. Oui je sors parfois le soir boire un verre ou manger au restaurant, mais c’est loin d’être hyper fréquent. Oui je fais un beau voyage par an, mais pour ça j’économise toute l’année et la très grande partie des cadeaux que je reçois à Noël ou à mon anniversaire sont employés à ça. La majorité de mes vêtements ont plusieurs années (à part les jeans, rapport à mon popotin arrière corrosif). Oui je sais je devrais être contente, j’ai un boulot. Oui je sais je ne devrais pas me plaindre, c’est moi qui ai choisi de faire une thèse et de donner des cours, personne ne m’a mis le fusil sur la tempe. Sauf que je ne connais personne qui ait commencé une thèse en sachant vraiment tout ce que ça impliquait. Et oui, je sais que mon cas n’est pas rare, que c’est arrivé à d’autres que moi, qui n’en sont pas morts et qui en sont même sortis avec une thèse dites donc. Alors pour une fois, je devrais peut-être arrêter de me plaindre.

Sauf que non. Cette simulation ça a été la goutte d’eau qui met le feu aux poudres avant les beoufs. Je dis depuis le début de ma thèse que ce que je veux vraiment faire, c’est de l’enseignement post-bac. Je n’ai pas l’agrèg, donc je n’ai pas 15 solutions. Pour faire ça, il faudrait que je devienne maître de conférence (aka les méchants enseignants-chercheurs feignants qui branlent rien, qui publient rien et qui veulent pas se faire évaluer parce que sinon ça risquerait de se voir qu’ils branlent rien). Et pour faire ça, il va falloir que je rende mon CV plus joli, avec beaucoup plus de publis (là je culmine à zéro, après deux ans et demi de thèse c’est wahou, tous ceux qui ont commencé un a après moi au labo en ont déjà une au moins, lalalalala), il va donc falloir que j’enchaîne pendant 2 ou plutôt 3 ans des jolis contrats précaires, post-docs ou ATER. Ca veut dire 3 ans de plus après ma thèse à vivre comme des étudiants dans le même deux-pièce aux voisins pourris, ça veut dire qu’à 34 et 30 ans, on n’aura rien de plus qu’à 30 et 26. Et à 34 et 30 ans, on aura très certainement envie d’autre chose, d’arrêter de payer des loyers faramineux pour des apparts sans plancher, d’arrêter d’être seulement deux. Alors peut-être que je devrais envisager un autre après-thèse…

Jeudi, je pars en week end, toute seule avec mon Pôpa et ma Môman, au bord de la mer (non, je ne vire pas le coboille, il travaille tout le week end loin loin de nous). Et quand j’y pense, c’est très souvent au bord de cette mer que j’ai pris de grosses décisions. A chaque fois je venais au bord de l’explosion et je repartais plus légère. J’ai hâte de partir là-bas, sans Paris, sans labo, sans internet, pour me reposer, me faire chouchouter un peu aussi, et réfléchir beaucoup. On verra bien ce que ça donnera lundi prochain.


mercredi 15 avril 2009

Gros Jean comme devant

²Premier point préambulistique important : aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Pôpa. En plus de prendre son vrai âge en plein dans sa face, il a pris son âge cérébral en pleine tronche, rapport à la DS (pas la voiture, mais celle où que les gens stylettent dessus tels des damnés) offrue pour l’occasion, et il avait trois chiffres le bougre, en plus c’était 000 (dit autrement : le père était tellement nul que la machine a fait un AVC). Donc tout le monde tu souhaites un bon anniversaire à Pôpa Abbott.


Ceci étant dit, passons au sujet du jour, un sujet de moda, le jean petit ami. Commençons si vous le voulez bien par une description de l’objet. Pour le commun des mortels, le jean petit ami n’est rien d’autre qu’un jean trop grand qu’on dirait que t’as chié dedans et que tu vas à la pêche aux moules moules moules avec. Pour le commun des modas, le jean petit ami est un jean oversize heavy used reboulé, mais ça veut dire pareil.

Passons maintenant à l’historique de la chose. Le jean petit ami est apparu en Nouillorquie pendant la deuxième moitié des années 2000. La première fois qu’on l’a vu en public, il s’est retrouvé immédiatement dans Public (le magazine scientifique) avec tout le monde qui criait « Pouaaaaaaah, ouh la faute de goût, na mais ça va pas de faire des trucs pareils » (la moda elle, crie « han mais quel fashion faux pas », mais ça veut dire pareil). L’objet du délit était alors porté par Katie, aucun lien avec Sherlock, ancienne actrice de la grande série Dawson, une des nombreuses séries américaines où des acteurs de 35 ans jouent des lycéens boutonneux. Le nom du jean petit ami vient du fait que l’époux de madame Holmes est de petite taille et que les noms de "jean petit mari" et "jean petit concubin" ont été refusés par l'Académie Française.

En 2009, pour punir les modas de tous leurs vilains péchés de l'annnée 2008 (oui parce que pardon, mais porter un sarouel c’est péché, et le faire en public c’est encore pire. Tout comme le nettoyage de trottoirs et de couloirs de métro à coups de robes archi longues. Et ne pas tomber par terre en public alors qu’on porte une robe bien trop longue qui traîne par terre, c’est vraiment péché. Et le gilet sans manche en fourrure, vraie ou fausse on s’en fout, c’est un très très vilain péché, tout comme le mi-bas avec jupe courte et sandales de drag queen), je disais donc que pour les punir, le dieu du bon goût leur a envoyé le jean petit ami. Et moi, ça a pas fini de me faire marrer cette histoire. D’un seul coup c’est beau. D’un seul coup ça va avec tout. D’un seul coup, les modas paient des fortunes pour avoir le même jean que celui qu’elles ont jeté quand elles ne juraient plus que par les jean slim (vous savez, le truc sublimateur de gras du cuissot qui ne va qu'aux personnes de moins de 30kg, it bag compris dans la pesée). D’un seul coup la moda se prend en photo dans une tenue que je ferai de la peinture avec, en dégageant bien les angles, on n’est pas des sauvages.

Mais voilà, je me moque, je me moque, mais ce week end, pendant l’heure de beau temps qu’on a eue juste avant de partir à la gare pour rentrer à Paris, voilà ce qui s’est passé.








Je ne recommencerai pas, promis (la tronche c'est à cause que l'eau elle était environ à 2°C).

Edit : finalement c’est pas si pire, il semblerait que le cerveau paternel n’ait que 53 ans. On a eu chaud.

Edit 2: comme tout le monde me le demande en commentaire, je me sens obligée de vous dénoncer mes fournisseurs.
Jean: Somewhere, mulotte : H et aussi M un peu, pull: H et M, t shirt: Petit Bateau collection hiver 2003-2004 (insuable qu'on vous dit), soutif: Women Secret, écharpe orange de toute beauté: home-made, lunettes de soleil: Ralph Lauren
Mise en beauté de ma tronche: l'amûr et l'eau fraîche, mise en beauté de mes poils de jambe: Jean-Louis David.

mardi 14 avril 2009

Elégance et prestance, le retour

Ce midi, enfin plutôt ce midi et demi, je m’en vais déjeuner en salle de réunion. Oui la salle de réunion, j’y mange plus que j’y réunionne, Dieu merci. La salle de réunion c’est là où que tout le monde mange après avoir fait la queue pendant 35 minutes devant le micro-ondes, Tu Perds War à la main, à cause de ces abrutis qui achètent deux minutes avant de bouffer des plats surgelés qui chauffent 7 minutes chacun alors que bon ils pourraient les acheter le matin et les laisser décongeler toute la matinée si jamais ils avaient ne serait-ce qu’un tout piti peu de respect pour mon estomac.

Bref, j’arrive en salle de réunion avec mon joli bento rempli de riz en haut et de calamars à la tomate et aux champignons en bas préparés par MOI le soir même. J’étais à deux doigts de faire ma crâneuse pour rendre jaloux les bouffeurs de jambon beurre sans beurre quand on m’a demandé « alors, le parquet il est réparé chez vous ou vous n’avez toujours pas de porte de toilettes ? » (oui les gens aiment boucou prendre des nouvelles de mon sol ou plutôt de son absence). Avant de répondre, je jette un coup d’œil à l’assistance afin de vérifier l’absence d’oreilles sensibles, je ne vois personne d’inconnu, la tache noire là-bas près de la fenêtre, à contre-jour ça doit être J, tout va bien, il a l'habitude; et je réponds, avec l’élégance et la prestance qui sont miennes «Non on n’a toujours pas de porte, mais t’inquiète, maintenant je suis habituée à double-piter sans porte, je pourrais même aller pisser en plein milieu de la place de l’Etoile aux heures de pointe, ça me ferait rien de rien. »

C’est alors qu’une voix à ma gauche me dit « Mmmmmh Ashley je crois que je ne t’ai pas présenté A, mon stagiaire arrivé aujourd’hui. A, je te présente Ashley, qui est en dernière année de thèse au labo.»

Ah donc la tache là-bas, c’était pas J. Hum.

Je pense que A m’aime déjà et qu’il me considère comme quelqu’une d’extrêmement distinguée, lui et moi on part sur de bonnes bases, je le sens.


jeudi 9 avril 2009

The sound of silence

Le boulot, j’en ai par dessus la tête, dans les deux sens du terme, et pourtant je suis grande quand même, je fais 1,73m. C’est pour vous dire… Et pour bosser, faut se concentrer. Et un truc pas pratique, c’est de devoir bosser dans un environnement sonore tout rempli de bruits atroces qu’on dirait qu’ils sont aimantés tellement que la concentration elle vient se fixer dessus et qu’elle arrive plus à en repartir, enclenchant par la même occasion la machine à énervement. Après des études poussées du phénomène, je suis en mesure de vous affirmer que les bruits les plus pires dans ce genre de cas sont ceux qui sont produits par des orifices faciaux-visagesques. Exemples : bruits de bouche, reniflements.

Fin décembre, mon voisin d’en face, co-bureauier depuis deux ans, voisin depuis 6 mois, polonais de son état, est reparti vers la Polonie qui l’a vu naître. Triste j’étais car 1 il était très sympa 2 il était très discret des orifices faciaux-visagesques 3 il se lavait tous les jours ET mettait du déo (rare en environnement de recherche) 4 on sait ce qu’on perd, mais on sait jamais ce qu’on va récupérer à la place. Quand j’ai su que le nouvel occupant du bureau était une trouvaille de Canard WC, j’ai eu grand peur et je me suis aggripée à la cheville de Karol en chouinant « Stay reste s’il te please, don’t leave me, ne laisse pas notre bureau ». Il est parti quand même, non sans avoir festoyé la chose au kloug au pavot et à la vodka. J’étais triste (et un peu ballonnée aussi).

Pendant que nous étions en Thaïlandie et que l’eau coulait sur la tronche de rat lépreux de notre bien aimée voisine du dessous, la trouvaille de Canard WC est arrivée, en provenance directe de son Brésil natal.

STOP
Je viens de me faire un gougueule « prénom brésilien » pour lui trouver un pseudo, et un des premiers à sortir est (on s’accroche) Téléfoot. Rhalala jacta est par Gougueule, il s’appellera donc Téléfoot.
FIN DU STOP

Téléfoot est très sympa. Téléfoot est drôle. Téléfoot se lave et met du déo. Téléfoot parle français. Oui mais voilà, Téléfoot est tout sauf discret des orifices faciaux-visagesques. Il glougloute, il se prend pour une human beatbox, il renifle toutes les 3 secondes quand il est enrhumé (et comme Téléfoot vient d’un pays où il fait froid quand il fait 18°C, je vous laisse imaginer à quel point il a pu attraper froid avec l’hiver qu’on s’est tapé), il siffle même quand on lui demande d’arrêter et il assomme son clavier que je me demande même comment c’est possible que le bureau en dessous ne soit pas cassé en deux. Bref, même s’il est super sympa, il me tape sur les nerfs en 3 secondes 12 quand on bosse. Et bizarrement, bosser, c’est un peu mon activité principale au labo.

Au début, je bossais avec Dix Heures dans les oreilles, sauf que ça s’est mis à ramer, sauf que ça couvre pas les glouglous et les assomages de clavier et sauf que quand t’as mal dans ta tête, c’est pas possible. Depuis jeudi dernier, j’ai une autre solution : le casque anti-bruit. Avec option cache oreilles orange fluo, c’est plus safe si jamais je dois sortir avec dans la rue la nuit. Dit comme ça, ça semble être une bonne idée. Dit autrement, un peu moins. Explications.

Jeudi dernier, premier jour de casque. Je suis dans mon bureau avec Téléfoot. Grand chef arrive, il me quémande une date de réunion (je lui ai répondu que j’avais pas le temps, JE TRAVAILLE moi monsieur). Et il me demande « mais Ashley, pourquoi tu as ça sur la tête ? C’est quand même pas à cause de Téléfoot ? » Par chance, c’est arrivé LE jour où la sonnette était en panne et avait la bonne idée de sonner en continu, j’ai pu dire que c’était à cause de ça.

Mardi (ouais, vous zeskuserez, mais vendredi et lundi j’étions à Venise sans casque, pourtant j’aurais bien aimé en avoir un pour ne pas entendre ces blaireaux de touristes français beuglants et malpolis que même pas c’est imaginable de voir ça et que vite tu caches ton guide en français pour que les autres ne voient pas que toi aussi t’es français), mardi donc, je remets la chose sur mes oreilles. Première déception, ça filtre mal les glouglous, alors que ça filtre sans problème les bruits atroces et perçants. Mais surtout, les gens, intrigués, venaient tous me voir dans mon bureau. Ils me tapaient sur l’épaule et le système pour que j’enlève le casque, que j’entende leur question au choix : T’écoute quoi ?/ Pourquoi t’as ça sur les oreilles/ T’as eu ça où ?/ Tu sais que t’as une tête bizarre avec ça ?Ce à quoi je répondais respectivement Le silence/ Pour faire parler les cons mais ne pas entendre ce qu’ils racontent/ Dans ton c.. je l’ai emprunté au coboille qui ne s’en sert pas pour le moment/ Je m’en tape je suis pas là pour faire décoration et en plus tu dis n’importe quoi, orange fluo ça va avec TOUT. (oui, je ne suis pas très aimable avec les gens, mais c’est pas grave, ils sont persuadés que je rigole quand je dis ça).

Résultat : j’ai passé la journée à répondre aux cons dont je voulais m’isoler. BRAVO le casque anti-bruit. Bon maintenant ça va mieux, ils savent. Mais punaise avoir la paix c’est COMPLIQUE, c’est moi que je vous le dis. Alors plaignez-moi les gens, plaignez-moi. (si vous me plaignez bien, je mettrai peut-être une photo de ma tronche avec la chose sur la tête).


Voilà les photos. Merci de noter que j'ai fait les photos sous les yeux médusés de mes partageurs de bureau (d'où mon air pas très très détendu) et que le coboille a hurlé de rire en voyant les photos, je cite "mais c'est toi là sur les photos? Ben ça te ressemble pas du tout t'as vraiment une tête très très bizarre. Sur la première photo t'as des gros trous de pif, tout le monde va pouvoir voir que t'as les narines propres remarque. Et sur la deuxième, à droite t'as la tronche déformée. Mouahahahaha".