Aujourd’hui, c’est du pas drôle (je n’ai pas qu’un physique, j’ai aussi un cerveau, qui me cause bien du souci en ce moment) J’ai du mal à ordonner mes idées, alors je crois que le plus simple, ça va être d’attaquer par ordre chronologique. La chose est devenue évidente jeudi 23. Le seul jour de la semaine où on pouvait enfin se coucher tôt et éviter de mourir de fatigue avant de voir le week end, les vannes ont cédé. C’était pas joli joli, je me demande encore comment j’ai fait pour ne pas me déshydrater totalement par les yeux. Et vendredi tout le monde m’a demandé si j’étais pas un peu malade par hasard (non non, j’ai juste pleuré toute la nuit, mais sinon ça va).
La cause de ma transformation en Notre Dame des Grandes Eaux, c’était grosso modo ce qui commence par thè et se termine par se et tout ce qui va avec. De sale coup en coup de pute, Canard WC m’a plus qu’épuisée. J’ai vraiment l’impression de me débattre (et de me battre tout court) pour rien. Et la fin de mon contrat qui approche (le 30 septembre), les inquiétudes qui tournent en boucle dans ma tête à base de « comment on va faire quand je ne serai plus payée ? ».
Et puis samedi, j’avais du courrier, c’était ma belle déclaration de revenus pré-remplie. J’ai tout bien reporté dans le simulateur, et j’ai vu que je devais payer l’équivalent d’un mois de salaire en impôts. Et j’ai de nouveau pété un plomb. Comme ça, ça a l’air ridicule, un mois c’est pas énorme. Bah si, un mois c’est énorme. Je bosse en moyenne 10 ou 11h par jour (au lieu des 7h42 qu’on doit faire normalement). Je ne suis pas payée pour ces heures supplémentaires, ni en argent, ni en jours de RTT. Je ne prends que la moitié de mes jours de congé tous les ans, les autres disparaissent et ne me seront jamais payés non plus (à ce jour, je dois avoir quelque chose comme 115 jours de congés à prendre, ah ah la bonne blague). Pour me faire un beau CV, je donne plein d’heures de cours, loin de chez moi avec transport pris en charge par mon propre porte-monnaie, et très tôt le matin. Ces heures sont payées quand les gens ont envie de me les payer, c’est-à-dire très souvent 6 mois après les avoir donnés. Ces heures font que je ne suis pas dans la première tranche, et que je ne bénéficierai pas de la réduction d’impôt de cette année. Alors j’ai très franchement l’impression de me faire dépouiller.
Je suis loin de faire des dépenses inconsidérées. Oui je sors parfois le soir boire un verre ou manger au restaurant, mais c’est loin d’être hyper fréquent. Oui je fais un beau voyage par an, mais pour ça j’économise toute l’année et la très grande partie des cadeaux que je reçois à Noël ou à mon anniversaire sont employés à ça. La majorité de mes vêtements ont plusieurs années (à part les jeans, rapport à mon popotin arrière corrosif). Oui je sais je devrais être contente, j’ai un boulot. Oui je sais je ne devrais pas me plaindre, c’est moi qui ai choisi de faire une thèse et de donner des cours, personne ne m’a mis le fusil sur la tempe. Sauf que je ne connais personne qui ait commencé une thèse en sachant vraiment tout ce que ça impliquait. Et oui, je sais que mon cas n’est pas rare, que c’est arrivé à d’autres que moi, qui n’en sont pas morts et qui en sont même sortis avec une thèse dites donc. Alors pour une fois, je devrais peut-être arrêter de me plaindre.
Sauf que non. Cette simulation ça a été la goutte d’eau qui met le feu aux poudres avant les beoufs. Je dis depuis le début de ma thèse que ce que je veux vraiment faire, c’est de l’enseignement post-bac. Je n’ai pas l’agrèg, donc je n’ai pas 15 solutions. Pour faire ça, il faudrait que je devienne maître de conférence (aka les méchants enseignants-chercheurs feignants qui branlent rien, qui publient rien et qui veulent pas se faire évaluer parce que sinon ça risquerait de se voir qu’ils branlent rien). Et pour faire ça, il va falloir que je rende mon CV plus joli, avec beaucoup plus de publis (là je culmine à zéro, après deux ans et demi de thèse c’est wahou, tous ceux qui ont commencé un a après moi au labo en ont déjà une au moins, lalalalala), il va donc falloir que j’enchaîne pendant 2 ou plutôt 3 ans des jolis contrats précaires, post-docs ou ATER. Ca veut dire 3 ans de plus après ma thèse à vivre comme des étudiants dans le même deux-pièce aux voisins pourris, ça veut dire qu’à 34 et 30 ans, on n’aura rien de plus qu’à 30 et 26. Et à 34 et 30 ans, on aura très certainement envie d’autre chose, d’arrêter de payer des loyers faramineux pour des apparts sans plancher, d’arrêter d’être seulement deux. Alors peut-être que je devrais envisager un autre après-thèse…
Jeudi, je pars en week end, toute seule avec mon Pôpa et ma Môman, au bord de la mer (non, je ne vire pas le coboille, il travaille tout le week end loin loin de nous). Et quand j’y pense, c’est très souvent au bord de cette mer que j’ai pris de grosses décisions. A chaque fois je venais au bord de l’explosion et je repartais plus légère. J’ai hâte de partir là-bas, sans Paris, sans labo, sans internet, pour me reposer, me faire chouchouter un peu aussi, et réfléchir beaucoup. On verra bien ce que ça donnera lundi prochain.