vendredi 29 mai 2009

Les vacances des Abbott, part 4

Une des images qui me restent des vacances aux Sables, en dehors des menaces paternelles d’abandon au bord de la route, c’est Môman, debout sur un seul pied au milieu de la cuisine de l’appartement, une poêle dans la main gauche et sa tatane dans la main droite, en train de taper sur le fond de la poêle à coups de tatane pour tenter de lui rendre sa planéité, le tout en râlant que c’est pas possible, on aura jamais une poêle correcte dans cet appartement, c’est décidé, l’an prochain j’apporte la mienne (et effectivement, certaines années, Môman prenait sa poêle fétiche avec elle) (mais on l’amenait jamais à la plage la pauvresse). Cette anecdote n’a rien à voir avec la choucroute, mais je voulais la caser parce que je l’aime boucou.

Mais aujourd’hui, je voudrais parler de l’institution des vacances aux sables d’Olonne, tata H. Des vacances aux sables sans tata H ne sont pas des vraies vacances. Tata H c’est la sœur de Pôpa, la plus petite de ses 3 grandes sœurs. Tata H n’a pas d’enfants et vit au bord du chenal avec son pas mari, qui a décidé pour des raisons que la raison ignore de s’affubler du même prénom que Pôpa qui n’a rien à voir avec son vrai prénom.

Le pas mari de tata H a une passion, c’est le cochon (et aussi son jardin et son chien, mais là n’est pas le propos). On a souvent eu droit à des ateliers saucisses et pâté. Celui qui n’a pas goûté le pâté chaud tout juste cuit (j’allais dire qui sort du four mais j’ai un gros doute : le pâté ça se cuit au four ?) ne sait pas vraiment ce que c’est que le pâté. Moi, je sais et je garderai à jamais ce souvenir ému dans mon corazon. La pas mari de tata H a une grosse tendance au radotage et aux gros mots, mais c’est ça qui est drôle. Et quand on fait du pâté, il prend son air le plus solennel, pèse le poivre et dit « Tu vois, le poivre, ça doit être une saveur et pas un goût. Alors faut en mettre 3 grammes, pas plus, sinon y a plus qu’à tout benner nom de Dieu. »

Mais le fin du fin, c’est quand il fait du jambon. Il l’accroche dans la cuisine, et tous les matins, la première chose qu’il fait au réveil, c’est de venir tâter son jambon et de le sécher amoureusement avec le sèche cheveux rose à fleurs de tata H, cadeau de la Redoute/ Blanche porte/Trois Suisses/Damart (rayez les mentions inutiles). Ensuite seulement, la journée peut commencer.

Tata H doit être la personne la plus dans la lune et la plus naïve que je connais. Elle oublie tout n’importe où : le chien dans le coffre de la voiture (après, le chien lui fait la gueule pendant deux heures, mais il a l’habitude), le code de son antivol de vélo (qu’elle avait donc donné à toutes ses voisines et inscrit sur le tableau de la cuisine), la référence de sa teinture (alors elle change de couleur de cheveux à chaque fois), de mettre les bouteilles au frais (alors on boit du cidre chaud avec les galettes, mais ça aussi ça fait partie du folkore).

Mais s’il y a bien une chose que tata H n’oubliera jamais jamais jamais, c’est sa première communion. Ce jour-là, c’était elle qui avait été choisie pour réciter le compliment au curé à la fin de la messe, et elle était pas peu fière, parce que la bonne sœur en charge du catéchisme ne pouvait pas la supporter. Tata H se souvient encore très bien de ce discours, pas loin de 70 ans plus tard. A chaque fête de famille, on lui réclame le compliment de sa première communion. Et tata H récite, toujours très fière, pendant que tout le monde écoute hilare (j’ai quelques lacunes, il en manque de très gros bouts, mais l’essentiel est là) (Pôpa faudrait vraiment que quelqu’un mette ce truc là par écrit) :
« vénéré Pasteur, les oiseaux chantent dans notre vert bocage… »
Là je me souviens plus trop, mais en gros on dit que c’est une très belle journée, la première communion, tout ça tout ça. Et après, la tata H prend son air le plus dramatique, se redresse et dit :
« Cependant, une ombre plane sur notre belle paroisse. » Le discours s’arrête toujours là, parce qu’après elle prend un air triomphant et dit « Cette vieille peau de bonne soeur qui me détestait et que je détestais, elle était morte. Et je devais dire ça avec mon air le plus triste alors que je la détestais cette vielle peau, bien fait pour elle tiens ». Là tout le monde pleure de rire. Je ne sais pas ce qu’elle avait fait à tata H la sœur, mais 70 ans après la rancune est toujours là et bien là.

Cet hiver, tata H avait une grande occupation : le Vendée Globe. Le départ c’est une chose, mais bon y a toujours plein de Parisiens, on n’est plus chez nous, c’est pénible. Ensuite, elle colle dans la cuisine un poster avec la carte au centre et tous les participants autour. Et elle fait une croix sur les participants au fur et à mesure qu’ils abandonnent. Et cet hiver, y a eu beaucoup d’abandons, mais tata H a une explication : « Ca leur apprendra à tous ces gamins de vouloir faire le Vendée Globe avec des bateaux tout neufs qui sont même pas solides pour soit disant aller plus vite. Ah ils vont plus vite, mais ils vont pas loin. Regarde la petite Anglaise, elle a un vieux bateau et elle va plus vite qu’eux tiens, c’est bien fait ». Ah ça, si on pouvait faire le Vendée Globe avec les caravelles de Christophe Colomb, on irait plus loin, ça c’est sûr. Mais tata H ne raterait jamais une arrivée. L’arrivée, c’est la fête à chaque fois, surtout si ça tombe en semaine hors vacances scolaires, comme ça, ça évite de supporter ces Parisiens qui nous em…

Toutes les voisines de tata H sont ses copines (enfin plus ou moins suivant la période, parce que bon parfois elles boudent). On les connaît toutes. Leurs maisons sont toujours ouvertes. Quand j’étais là-bas pour le pont du 1er mai, je suis allée dire bonjour aux voisines, comme à chaque fois. Et je me suis pris une engueulade parce que j’avais pas ramené le coboille, alors qu’elles attendaient toutes mon arrivée pour voir quelle tête il avait. J’ai intérêt à le ramener à la Toussaint, sinon je peux dire adieu à la vie.

Non vraiment, des vacances sans tata H, ce ne sont pas des vacances. Et j’ai hâte d’être à la Toussaint pour y retourner.

Voilà, c’était le dernier volet des passionnantes vacances des Abbott en Vendée. Maintenant que j’ai boucou blogué, je suis très fatiguée (non mais c’est vrai, 5 billets en mars, 4 en avril et HUIT en mai, heureusement que j’ai un week end de 3 jours pour me remettre), je vais être obligée de partir à Lisbonne la semaine prochaine pour me reposer.

19 commentaires:

eloa a dit…

oh ben nan c est pas deja fini?!!! j adOoOore tes vacances, ca me rappelle les miennes.
mais remarque, si tu pars a lisbonne, ca veut dire que tu vas nous raconter! obligee! ;o)

isabella a dit…

ouais puis tu vas être obligée de m'emmener la prochaine fois: tu savais que je ne suis JAMAIS allée en vendée?

Musiquette a dit…

Lisbonne???veinarde...avec une bonne paire de chaussures car pour la marche à pied....c'est bon :y'a de la colline et ça grimpe ..mais y'a aussi des funiculaires et ça c'est chouette le soir!!!bon voyage!

Fyfe a dit…

Bon ben on passe commande de 5 épisodes sur Lisbonne alors :)

Aphykit a dit…

Y a pas à dire : Tata H a une plus belle vie qu'Adèle H. Si Adèle H s'était un peu plus intéressée au Vendée Globe, elle n'en serait pas là !

bibsa a dit…

Absolument géniale cette épopée! Aaaah les plages de vendée... Les coups de soleil dans la voiture en rentrant... Et puis faut se frotter les pieds pour pas mettre du sable dans la voiture... Et puis on a le maillot qui colle sur la banquette... Tu as ravivé des souvenirs!

Cunegonda a dit…

c'est bien les tata H et leurs voisines qui te traitent toujours comme si tu étais un(e) enfant ! Ca agace un toujours un peu mais ça te remet tellement à ta place (je veux dire dans une lignée, une histoire, une famille...) que ça fait un bien fou.

Ashley a dit…

@eloa: en plus que j'y vais en avion, donc il devrait bien m'arriver un truc pas clair à l'aller, c'est forcé...
@isabella: faut que tu négocies avec les parents et que tu sois libre à la Toussaint
@musiquette: j'aime PAS quand ça monte, mais bon je vais prendre sur moi, allez
@fyfe: ah ouais mais là quand même c'est ambitieux, ça fait 1,25 épidode par jour sur place...
@aphykit: oui le secret est dans le marqueur pour rayer les concurrents disqualifiés je pens,e ça change une vie
@bibsa: le sable de vendée doit être un des plus fourbes de la terre, parce que tu peux frotter les pieds tant et plus, ça part jamais
@cunegonda: ah non moi j'adoooore ça, ça m'agace pas, elles sont géniales

saperli a dit…

mais enfin tu n'as pas fini de raconter, les rencontres de l'adolescence, les petits bals du 14 juillet, etc etc... LA SUITE , on veut encore !

Lilly a dit…

weekend de trois jours... lisbonne... si tu crois que je vais te plaindre pour ton exces bloguesque aujourd,hui... tu reves!!!!! ;-)

Llyn a dit…

Lisbonne? Ran, je peux avoir une carte postale, dis? Petite veinarde, c'est beau Lisbonne ...
Bon week-end et bon séjour Portugais!
Des bises!

Guilitti a dit…

j'ai adoré la tetralogie !
plein de souvenirs sont revenus aussi pour moi.

bon voyage à Lisbonne !
bisous

Gaëlle a dit…

Waouh, j'ai lu les deux derniers à la suite, merci, grâce à toi j'étais un peu en vacances !

lutecewoman a dit…

C'est de la très bonne, qui pique, qui tache, qui tue. (nananère, je te vois avant ton départ, et je sui ebn contente et je le clame surtous les toits ma Gorgeous, juste pour le plaisir de faire ma crâneuse) :)

Ashley a dit…

@saperli: shame on me, j'ai jamais mis les pieds à un bal du 14 juillet dis donc...
@lilly: mouais mouais, attends c'est dur quand même, Lisbonne ça monte et il va afire chaud
@llyn: je pars jeudiiiiii, ça va être bien, ça va faire un break (j'ai réalisé que j'avais pas pris de vaca,ces depuis 6 mois, ce scandale!)
@guilitti: merci beaucoup (je suis pas encore partie, je vais peut-être pondre un truc d'ici là)
@gaëlle: mais ej t'en prie, moi aussi j'y étais un peu, ça fait du bien
@lutecewoman: moi aussi je te vois jeudii, et je suis bien contente de te voir même que

Flozus a dit…

Ha ça devait être quelque chose les bonnes soeurs à l'époque. Ma maman à moi que j'ai, ne peut pas en voir une, sans s'exclamer un truc du genre: "vieille salope". Ce qui n'est pas sans surprendre quand on connait ma maman à moi. Et son passage en internat date de 50 ans... Une belle école de haine, bien tenace.

elodie la marguerite a dit…

Ce sont forcéemnt des gens bien, ta Tata H et son mari : des gens qui font de la charcuterie maison et qui affichent la carte du Vendée globe dans la cuisine, il ont forcéemnt droit à toute ma sympathie (et à celle associée de mon homme et de mes enfants, grands fans de vendée globe et de charcutaille).

Lili a dit…

Merci Ashley pour tous ces jolis moments joliment racontés.
Une lectrice fidèle et silencieuse (et c'est pas bien...).
Bon voyage au Portugal. Moi, j'ai pas aimé leur cuisine où on te met en accompagnement frites + riz + salade tout en même temps, sauf à Lisbonne. Enfin, ils te donnent pas ça avec les gâteaux non plus...

Phoebe a dit…

Mais ils ont pas des petites préparations bien à eux ?

Des préparations H ?

(mouarf mouraf je sors)