Mais bon, étant donné ce qui se passe cette semaine, je suis obligée de passer outre la douleur qui s’est emparée de mon index le 22 janvier pour raconter mes folles aventures. Et puis étant donné le rythme de publication effréné de ces derniers mois, ça permettra de lever des doutes concernant mon éventuel décès. Car cette semaine, je suis zétée au bloc. Opératoire le bloc hein, pas notes, ni de marbre, OPERATOIRE.
Alors le bloc, c’est l’occasion de se rendre compte live de l’influence de l’augmentation exponentielle du nombre de séries médicales ces dernières années sur le téléspectateur moyen (aka je, Ashley).
Tout d’abord, dans les séries, on dit toujours « on le descend au bloc ». Je me vois dans l’obligation de vous annoncer que c’est une LEGENDE, jusque là je suis toujours montée au bloc. Une fois montée au bloc, il faut aller au vestiaire (des femmes dans mon cas personnel). Un des plus grands traumatismes de ma vie étant les cours de sport, la première fois que je suis rentrée là-dedans j’étais pas loin de la crise d’angoisse, j’ai cru que dès que je sortirais de là, on allait m’obliger à aller faire 3 tours de stade. En ma qualité de grosse nulle en sports, je finissais toujours en dernier, et au bout de 15 ans de cours de sport, je commençais à mal le vivre… Mais tout ça, c’était AVANT que je découvre le bonheur du vestiaire du bloc : le choix de la taille du pyjama. La première fois, j’ai ouvert le tiroir M en me disant « faisez que mon popotin arrière rentre dedans ». 3 minutes plus tard, j’avais le pantalon en papier sur le popotin arrière (sur lequel il y avait encore mon collant, pas folle moi, ça caille au bloc, faudrait pas attraper un rhume des mollets quand même) et je disais « faisez que j’arrive à serrer suffisamment les cordons pour pas me retrouver le patalon en bas des chevilles en pleine opération ». Le bloc, c’est encore plus pire que H&M, ça taille SUPER GRAND. ET je peux vous dire qu’arriver le matin la tête dans le popotin arrière, ouvrir le tiroir taille S et rentrer dedans sans rentrer le ventre, sans être en apnée et surtout sans péter les coutures, ça illumine votre journée.
Ces tenues de bloc ont énormément d’avantages, en dehors de leur taille. Par exemple, elles sont aussi confortables qu’un pyjama, et pour quelqu’un comme moi qui aimerait passer sa vie en pyj, c’est le bonheur. Mais il y a un défaut principal : le pyjama est archi transparent. La première fois, j’avais gardé mon collant, j’ai donc pu conserver mon intimité mulotale. En revanche, j’avais l’impression de me balader en soutif, ce qui n’est guère relaxant quand on n’est ni seule, ni chez soi. Du coup la deuxième fois, j’avais prévu un marcel à caler sous ma blouse, mais je suis venue en jean. Sans collant donc. Avec une mulotte de ma collection spéciale dont moi seule ai le secret (oui oui, une avec des gros dessins débiles multicolores, exactement). La transparence du pantalon est telle que même si j’avais eu la mulotte sur le pantalon, superman-style, ma mulotte n’aurait pas été beaucoup plus visible qu’en dessous. Toute la matinée je me suis sentie très très élégance et prestance. Un vrai bonheur. Bon le médecin avait un caleçon à manches ¾, qui lui arrivait aux genoux, du coup ça m’a un peu détendue.
Bref, c’est pas au bloc que j’ai pu faire ma moda, ah ça non.
Après toutes ces considérations vestimentaires, passons à des propos plus opératoires si vous le voulez bien, parce que je suis pas viendue au bloc pour refaire la déco, je suis viendue pour gratiner des gens.
Les gens arrivent au bloc, et là y a un monsieur qui mange un chewing gum très bruyamment, plus connu sous le nom d’anesthésiste, qui pique et qui branche les patients. A ceux qui croient qu’une fois endormis, on n’entend plus les patients, je dis NON (et j’explique plus tard).
Quand les patients sont endormis, on passe à l’action, dans nos pyjamas transparents. Et c’est à partir de ce moment que je ne réponds plus de rien. Le bloc, c’est rigolo, on se croirait dans Urgences, sauf que figurez-vous qu’en vrai les docteurs sont vachement moins beaux. Y a des trucs qui bipent de partout, comme ça au cas où l’anesthésiste tape une micro-sieste, il sera quand même réveillé par une tentative de décès du patient. Le problème, c’est que quand le bip s’affole, moi aussi je m’affole, et je suis soudainement prise d’une envie irrépressible de crier « allez me chercher un chariot de réa, on lui NFS chimie iono et un scan crâne, et où est le Dr Green ? ». Sauf que non, l’anesthésiste refait nonchalamment une piqure au patient, et le bip reprend son cours.
La dernière fois, le médecin a dit « ON L’INTUBE ! ». J’ai à peine eu le temps de dire « ne vous en faites pas Docteur, j’ai vu faire ça des dizaines de foi le dimanche soir sur la 2, je vais très bien m’en sortir. Passez-moi une clé de 12, un bistouri et ouvrez-moi Google Images sur la page « intubation » et c’est parti ». Avant même que j’aie pu prononcer un seul mot, le patient avait déjà le tube dans la gorge, 3 tours de scotch autour de la tête pour tenir le tube, et le tout était relié à la machine à bips.
Un des seuls trucs qui est vraiment comme à la télé, c’est le fameux « A 3 on y va » et hop on chope le drap et on déplace le patient. Bon moi j’ai le doigt cassé et la main droite hors d’état de nuire, donc à 3 je me contente de dire « «Oh hisse la saucisse » et de soutenir moralement les porteurs.
Mais revenons si vous le voulez bien au fait que les patients ne sont pas silencieux du tout lorsqu’ils sont dodosthésiés. Bon déjà y a ceux qui ronflent (à peu près tous, sauf les intubés évidemment), mais surtout, y a ceux qui pètent. Et y a moi, avec mon bol habituel, à qui on dit de se mettre là, oui là voilà, juste à côté des fesses du patient. Ah ça je dois dire que c’était un aspect de métier que je n’avais pas envisagé : me faire péter dessus toute une journée pour la science. Ah bravo…
C’est sur cet instant de grande poésie que nous nous quittons, car je dois retourner au bloc. Du coup plaignez-moi les gens, plaignez-moi, car je sens que le dieu Eole m’en veut personnellement.



