La dernière fois que j'ai causé en 2010, je parlais fièrement de mes premières expériences au bloc opératoire. Depuis 2009, j'ai eu le temps de faire le tour du sujet, et plutôt deux fois qu'une, parce que c'est moi que j'étais deviendue la spécialiste du gratinage au bloc. Et quand je dis bloc, c'est pas du bloc de majorettes. Grosso modo, dès qu'il y avait du patient grand ouvert et du sang partout (voire même des intestins partout), c'était pour moi. Mes collègues m'appelaient Dexter. Mais bon youhou! J'avais donc enfin réalisé mon rêve, TRAVAILLER EN PYJAMA. C'était tous les jours la pyjama party. Joie, bonheur, mais surtout tremblements et mal aux mollets, car je bossais en pyjama, certes, mais debout toute la journée par 15°C. On ne peut pas tout avoir.
Prenons le cas d'une journée type au bloc. Il faut être en pyjama à 8 heures. Au bloc. Ce qui veut dire qu'il faut se lever (en pyjama), aller se laver, se coiffer, s'habiller avec des vêtements de cravail, se maquiller mais que les yeux de la tête et partir. Quand on arrive à l'hôpital, il faut aller au vestiaire. Enlever ses vêtements. Se remettre en pyjama. Enlever ses chaussures et mettre des magnifiques crocs 2 pointures au dessus ou 3 en dessous (dans le meilleur des cas) ou des jolies surchaussures. Ensuite, on met une belle charlotte, ce qui permet d'anéantir en 3 minutes tous les efforts capillairo-brushinguesques du matin. D'ailleurs, pendant que je vous tiens, conseil BEAUTE (oui parfaitement): cessez de vous ruiner en shampooing lissant, après-shampooing structurant disciplinant et masque tyrannisant, achetez-vous un paquet de charlottes de blocs (celles de la dame qui découpe le jambon à Carrouf marchent aussi) et mettez-en une le matin le temps d'avaler votre café. Vos cheveux de la tête seront soyeux comme la soie, lisse comme la lissitude et raplaplas comme le Nord Pas de Calais, voire même comme le raplapla pays qui est le sien. De rien.
Quand j'étais jeune, début 2010, je pensais que dans les hôpitaux et les cliniques, c'était comme à la guym au collège, il y avait le vestiaire des filles et les vestiaires des garçons. QUE NENNI. Les endroits où c'est comme ça sont rares. Le plus souvent, c'est vestiaire mixte. La première fois, j'étais légèrement embêtée, façon détournée de dire super gênée. Je n'avais pas vraiment envisagé qu'il y avait d'autres métiers que top model et périprostipute qui demandaient de se balader en sous-vêtements devant les clients. Au bout d'un moment, on s'habitue.
Corollaire de tout ça: ok, on bosse en pyjama mais du coup, faut oublier tout laisser-aller sous-vêtementesque. Et faut acheter des mulottes et des soutien-george répondant à un cahier des charges bien particuliers. Tout d'abord, il faut éviter la dentelle et autres choses d'obédience semi-transparente (il faut savoir garder une part de mystère voyez-vous). Mais il ne faut pas pour autant verser dans le coton SlowGuy, car c'est l'image de marque de la boîte qui est en jeu. Donc pas transparent mais pas vieillissant. Ni rajeunissant non plus, les motifs débiles il faut oublier. Il faut aussi mettre des sous-vêtements A SA TAILLE. C'est pas le moment d'avoir un nichon qui tente une sortie pour dire bonjour au docteur. Ou au professeur. Bref, on n'a pas des métiers faciles.
La semaine prochaine, nous verrons zensemble comment bien se comporter au bloc opératoire avec des gens anesthésies intubés ouverts de haut en bas en plein milieu de la pièce. Ou nous verrons ensemble comment bien se faire licencier. J'hésite encore. D'ici là je m'en vais grimper en haut de la dune du Pyla
